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  le blog labrousse.erick par : ERICK

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Droit et Devoir de Mémoire deuxième guerre mondiale 1940 1945 LUTTER CONTRE LA RÉHABILITATION DE VICHY OU DE SON administration


la gendarmerie sous Vichy arme de la collaboration

Publié par labrousse sur 26 Juin 2016, 13:32pm

Catégories : #collaboration, #histoire, #vichy

Des gendarmes ont fusillé des résistants

Prestation de serment

Le 14 août 1941, un décret signé par Pétain enjoint à tous les fonctionnaires de lui prêter serment de fidélité. Une cérémonie officielle a lieu pour la police le 20 janvier 1942, au cours de laquelle 3 000 délégués de la garde de Paris, de la Police nationale et de la préfecture de police se réunissent dans la grande salle du Palais de Chaillot, sous la présidence de Pierre Pucheu, ministre de l'Intérieur. Après que la Musique des gardiens de la paix a joué la Marseillaise, le serment est prêté en ces termes : « Je jure fidélité à la personne du chef de l'État en tout ce qu'il commande dans l'intérêt du service, de l'ordre public et pour le bien de la patrie. ». Ce à quoi répondent tous les policiers présents en levant le bras et en disant « Je le jure ».

Plusieurs dizaines de résistants ont été fusillés en 1944 par des gendarmes agissant sur les ordres de Joseph Darnand, fondateur de la milice, qui, en décembre 1943, est nommé par Pétain secrétaire général au maintien de l’ordre, puis secrétaire d’Etat à l’Intérieur de Vichy. La participation de gendarmes aux pelotons d’exécution des cours martiales de Vichy – une page noire très peu connue de l’histoire de la Gendarmerie – Dès décembre 1940, les condamnés à mort par les tribunaux militaires allemands en France sont soit fusillés sur le sol national, notamment au mont Valérien, près de Paris, par des soldats allemands, soit envoyés en Allemagne pour y être fusillés ou guillotinés. Les résistants condamnés par les sections spéciales, tribunaux d’exception institués par Vichy en août 1941, sont guillotinés, tout comme les droits communs, par les bourreaux officiels. Mais, en novembre 1943, Henri Desfourneaux, exécuteur en chef, et ses aides préfèrent démissionner plutôt qu’avoir à exécuter des femmes et des résistants. L’usage de la guillotine est donc suspendu au profit du peloton d’exécution. D’un point de vue légal, la Gendarmerie n’est concernée qu’au titre du service d’ordre, conformément à son décret organique du 20 mai 1903. Son article 86 affirme en effet que « les détachements de la Gendarmerie requis lors des exécutions des criminels condamnés par les cours d’assises sont uniquement préposés pour maintenir l’ordre ». L’article 106 ajoute que, « lors de l’exécution des jugements militaires, Des gendarmes ont fusillé des résistants ›› GENDARMERIE NATIONALE ne peut être commandée que pour assurer le maintien de l’ordre, et reste étrangère à tous les détails de l’exécution ». Le régime de Vichy n’a lui-même pas dérogé à cette règle jusqu’en décembre 1943. Mais, en janvier 1944, la situation change radicalement. Après la loi du 20 janvier 1944 de Vichy instituant des cours martiales, foulant au pied les règles élémentaires du droit, un arrêté du 14 février précise que « l’exécution des condamnés est assurée par un peloton constitué soit de la Garde (issue de la Garde républicaine mobile et séparée de la Gendarmerie de novembre 1940 à septembre 1944, soit des Groupes mobiles de réserve (GMR, unités paramilitaires créées par Vichy), ou, à défaut, de la Gendarmerie, soit par la réunion de ces trois éléments ». Sommée de fournir des hommes pour les pelotons d’exécution des cours martiales, la Direction de la Gendarmerie, incarnée par le général Jean Martin, adopte une position ambiguë. Devant les commandants de légion rassemblés à Paris, courant février, le général Martin affiche son intention de ne pas intervenir face à cette nouvelle mission assignée à la Gendarmerie. Il invite expressément le chef de corps d’Orléans, qui lui demande l’attitude à adopter en cas de réquisition des gendarmes, « à ne rédiger aucun papier sur le sujet ». Sa réponse sous-entend manifestement qu’il ne souhaite pas donner de consignes écrites. Pourtant, depuis le mois de février 1944, les échelons subordonnés rendent compte à la Direction des exécutions capitales auxquelles des gendarmes ont été amenés à participer. Aux échelons hiérarchiques inférieurs, certains officiers tentent d’opposer des arguments réglementaires, mais ils se voient invariablement rappeler le devoir d’obéissance du militaire. Devant ce choix de conscience, la majorité obtempère, parfois sous la menace ; seule une minorité refuse. L’historien Bernard Mouraz, ancien chercheur au Service historique de la Gendarmerie nationale (SHGN), a recensé, de février à juillet 1944, la tenue de onze cours martiales qui ont condamné à mort un total de 80 résistants et de droit commun, fusillés par des gendarmes avec le concours de membres de la Garde ou des GMR. De ces onze cours martiales, le chef d’escadron Benoît Haberbusch, docteur en histoire affecté au Service historique de la défense (SHD), à Vincennes, et spécialiste de l’histoire de la Gendarmerie, a extrait trois cas de figure

– Le premier, intitulé « une mission acceptée sans discussion », raconte que des gendarmes locaux et des membres des GMR ont exécuté cinq résistants1 à l’issue d’une cour martiale réunie le 4 mai 1944 à Annecy. Le sous-lieutenant qui a commandé le peloton est condamné, en 1946, à un an de prison et à dix ans d’indignité nationale. Il est le seul gendarme condamné pour sa participation à une exécution. – Le deuxième, « l’obéissance forcée », relate l’exécution de 28 hommes, principalement des droits communs, condamnés par une cour martiale, le 15 juillet, dans la prison de la Santé, à Paris, après une mutinerie dans la partie française de l’établissement. Les détenus politiques avaient refusé de participer à la mutinerie. Des gendarmes requis ont déserté pour ne pas prendre part aux exécutions, et des pressions très fortes ont été exercées sur d’autres gendarmes pour qu’ils soient présents dans les quatre pelotons. Le lieutenant qui avait commandé les quatre pelotons d’exécution fut mis en disponibilité à la Libération. – Le dernier cas, « la solution du refus », se déroule le 4 juillet 1944 à Nîmes, où une cour martiale avait condamné trois résistants. Les trente gradés et gendarmes refusèrent tout net d’exécuter les condamnés ou d’être tirés au sort pour le faire. Ce furent finalement des miliciens qui fusillèrent les trois résistants. Les gendarmes furent alors emprisonnés, avant d’être libérés après le débarquement de Provence d’août 1944. L’un des officiers avait été condamné à 20 jours d’arrêt

Les négociations franco-allemandes sur le sort de la gendarmerie

Tenue de gendarme départemental.

La convention d’armistice, signée à Rethondes le 22 juin 1940, impose à la France les conditions du vainqueur. Si le pays garde un Gouvernement, le Reich allemand exerce tous les droits de la puissance occupante. Le territoire est partagé en cinq zones. La ligne de démarcation entre la zone occupée et la zone libre a été établie en fonction de l’avance allemande et tient compte de l’occupation de la façade atlantique dans sa totalité. Cette ligne coupe plusieurs légions en deux. C’est pourquoi, le 30 juillet 1940, une première circulaire réorganise les légions de la zone sud et, le 28 août 1940, une seconde restructure celles de la zone occupée. La sous-direction de la gendarmerie, quant à elle, se fixe successivement au château de Romagnat (Puy-de-Dôme), puis à Chamalières (Puy-de-Dôme) et enfin à Vichy (Allier) jusqu’en août 1944. Le sort de la gendarmerie est l’enjeu d’âpres négociations. Le 18 juillet 1940, la direction des services de l’armistice crée, à Paris, une délégation pour la gendarmerie au sein de la commission de Wiesbaden. Censées être brèves, les négociations se prolongent. C’est pourquoi le capitaine Sérignan, officier au bureau technique de la sous-direction de la gendarmerie, étoffe cet organisme, qui fonctionne jusqu’au 2 août 1944 et traite de plusieurs questions.

Drapeaux et étendards de la gendarmerie
(1940).

La réinstallation des légions de gendarmerie qui avaient été repliées en zone non occupée. Dès la fin de juillet 1940, un premier accord permet de faire rentrer en zone occupée, par groupes réduits faiblement armés, le gros des éléments de la Gendarmerie nationale repliée au sud de la ligne de démarcation. Pour une dizaine de départements, les discussions sont plus longues. Dans les provinces annexées de l’Alsace-Lorraine, il n’est pas question du rapatriement des unités. Les Allemands se montrent intéressés pour récupérer les gendarmes originaires de cette région et les intégrer dans la Feldgendarmerie. Quant à la légion d’Alsace-Lorraine repliée, elle survit en zone libre jusqu’au 11 novembre 1942.

Le sort des cinq mille gendarmes prisonniers. Au mois de mars 1941, deux mille militaires de la gendarmerie bénéficient d’une mise en congé de captivité. Le 21 avril, le général allemand Stülpnagel, commandant militaire en France, autorise le retour des autres prisonniers, mais, du fait d’une erreur dans les chiffres, cinq cents officiers, gradés et gendarmes restent internés jusqu’à la fin des hostilités.




La marque de Vichy : 1940-1943 sous l'!heure d'été

Gardes républicains mobiles (1944).

En dehors de la présence d’une troupe étrangère sur le sol français, l’autre conséquence de la défaite de 1940 est l’installation d’un nouveau régime autoritaire aux ordres du maréchal Pétain. Il reste à Vichy du 10 juillet 1940 à août 1944. Lancé dans son entreprise de Révolution nationale, le Gouvernement de Vichy entend compter sur des hommes fidèles au régime. Pour cela, il prend plusieurs mesures.

Une épuration du personnel. Dès le 17 juillet 1940, une loi permet aux ministres de relever les militaires qui ne présentent pas les garanties requises pour accomplir leur mission. Sont plus particulièrement visés les francs-maçons (loi du 13 août 1940) et les juifs (lois des 3 octobre 1940 et 2 juin 1941).

La prestation de serment au chef de lÉtat. Dans ce régime autoritaire, l’obéissance au chef est une valeur essentielle. La formule est la suivante : « Je jure fidélité à la personne du chef de l’État, promets de lui obéir en tout ce qu’il commande pour le bien du service et le succès des armes de la France. » Ce serment allait poser des cas de conscience pour certains gendarmes, notamment des officiers, au moment de rejoindre la Résistance.

Levée des couleurs
par la garde personnelle
du chef de
l’État
(vers 1943).

L’utilisation de la gendarmerie comme relais de l’idéologie vichyste au travers de mesures plus ou moins symboliques : portrait du maréchal dans les brigades, affiches sur diverses organisations vichystes comme les chantiers de jeunesse.

La création d’une garde personnelle du chef de l’État à l’automne 1940. Placée sous les ordres du colonel Barré, elle a pour principale mission d’assurer la sécurité du chef de l’État dans les locaux qu’il occupe, notamment l’Hôtel du Parc à Vichy. La garde joue aussi un rôle de parade et d’escorte dans tous les déplacements du maréchal Pétain. Cette unité comprend quatre pelotons de quarante hommes, un peloton motocycliste et une formation de musique. La garde reste au service du maréchal jusqu’à son départ pour l’Allemagne le 20 août 1944. Les hommes choisissent alors d’entrer dans le maquis. La garde personnelle du chef de l’État est dissoute le 9 septembre 1944.

Revue de la garde personnelle
du chef de l’État par le maréchal Pé
tain
(1944).

En avril 1942, sous la pression allemande, Pierre Laval revient à la tête du Gouvernement avec des pouvoirs accrus face au maréchal Pétain. Dès son entrée en fonction, il entreprend une réorganisation des forces de police et nomme René Bousquet, préfet régional de Châlons-sur-Marne, au poste de secrétaire général à la police. Il entend également faire de la gendarmerie un instrument de la politique de Vichy. Le 2 juin 1942, il promulgue une loi plaçant l’Arme sous l’autorité directe du chef du Gouvernement. La raison de cette mesure est double. D’une part, comme le rôle que doit jouer la gendarmerie dans l’œuvre de rénovation nationale risque d’augmenter ses charges, il importe qu’aucun département ministériel ne la détourne de sa tâche. D’autre part, cette décision permet de calmer l’inquiétude des Allemands de voir la gendarmerie subordonnée au secrétariat d’État à la Guerre. Pour calmer l’émotion du personnel, Laval explique qu’il n’entend porter atteinte ni à son organisation traditionnelle ni à son fonctionnement.

Une importante innovation technique voit le jour le 23 avril 1942 : la direction crée, dans chaque compagnie de la zone libre, un service de diffusion et un fichier des personnes recherchées. Depuis 1926, chaque brigade constituait et tenait à jour une documentation sur les personnes recherchées. C’était un travail fastidieux. En 1942, le système est devenu inopérant par suite du nombre considérable des individus à rechercher depuis trois ans. D’où l’idée de constituer un service qui centralise, tant à l’échelon départemental (compagnie) que national, les demandes d’identification des brigades et qui y réponde rapidement. Une dernière mesure capitale concerne l’usage des armes. La loi du 22 juillet 1943 permet aux gendarmes de faire usage de leurs armes après les appels réitérés « Halte ! Gendarmerie ! »

Des missions nouvelles

1 – L’intrusion de l’occupant dans le service

Rapport d’activité sur le camp du Struthof
(févrie
r 1945).

Les gendarmes doivent composer avec les autorités allemandes stationnées sur le territoire national. Dans les semaines qui suivent la fin des combats, des contacts s’organisent d’initiative pour assurer la police générale. Plusieurs accords fixent ultérieurement les cadres des relations franco-allemandes. L’article 3 de la convention d’armistice reconnaît implicitement aux Allemands le droit absolu de donner des ordres aux fonctionnaires et agents de l’État. En mai 1942, la nomination du général SS Karl Oberg commandant de la police allemande en France confirme la subordination des forces de police françaises. Au cours de l’été 1942, l’accord Bousquet-Oberg entraîne ces dernières dans la voie de la collaboration. En avril 1943, l’accord s’étend à la zone sud. L’occupant n’hésite pas à intervenir en matière de discipline en exigeant des sanctions contre certains gendarmes ou à perturber l’organisation de l’Arme.

Dès juillet 1940, l’autorité allemande impose des tâches particulières aux gendarmes. Certaines d’entre elles sont permanentes. Il incombe notamment à ces militaires de veiller au respect de la réglementation contraignante de l’occupant : couvre-feu, conditions de circulation… De même, conformément aux accords de collaboration, les gendarmes doivent informer directement l’occupant de tous les événements permettant de conclure à une activité ennemie (parachutages, sabotages, attentats) ou venant troubler la tranquillité publique (accidents, grèves). Des services mixtes sont aussi imposés avec laFeldgendarmerie.

Un contrôle routier (vers 1943).

Il existe également beaucoup de sollicitations occasionnelles de la part des différents services allemands : Kommandantur, Feldgendarmerie, douane allemande, Gestapo… Les demandes de concours s’effectuent de trois manières : par le biais des autorités administratives françaises, en suivant la voie hiérarchique ou en s’adressant directement à l’unité concernée.

Affiche reproduisant une lettre adressée
à la gendarmerie par le maréchal Pé
tain
(1941).

Souvent les gendarmes sont chargés d’ouvrir une enquête, seuls ou en collaboration avec la police allemande. Ainsi, lorsque l’occupant est victime d’un attentat ou d’une embuscade, il alerte en général la gendarmerie pour venir prêter main-forte puis ouvrir une enquête. Les gendarmes peuvent également être employés comme guides du fait de leur connaissance du terrain ou servir d’escorte aux différentes commissions de contrôle. Parfois, ceux-ci sont cantonnés dans l’exécution de missions statiques. Par exemple, en zone occupée, ils participent à la surveillance des lignes téléphoniques et des voies ferrées. Les Allemands n’hésitent pas non plus à utiliser des gendarmes pour procéder à des arrestations ou quadriller un territoire lors d’une opération de police. Quelquefois, ils font garder leurs prisonniers dans les chambres de sûreté des brigades.

2 – Les missions amères : arrestation des juifs et recherche des réfractaires au Service du travail obligatoire (STO)

Pistolet-mitrailleur Sten.

La politique de collaboration entraîne la gendarmerie vers des missions de plus en plus radicales. Certaines ont un caractère discriminatoire. Le régime de Vichy profite du climat de xénophobie d’avant-guerre et d’une véritable culture des camps développée à la fin des années trente, avec les réfugiés espagnols notamment. Dès l’entrée en guerre, la gendarmerie contrôle strictement la circulation de certaines catégories de population (étrangers, tziganes…) et exécute des décisions d’internement. L’État français continue d’édicter des lois discriminatoires.

Avec les juifs, la gendarmerie est présente à toutes les étapes allant de leur exclusion à leur déportation : arrestations, transferts dans les camps d’internement et escorte des trains de déportés jusqu’à la frontière. La définition du juif constitue la première étape de la discrimination avec le décret du 3 octobre 1940 puis celui du 2 juin 1941. Des mémentos de législation antijuive sont mêmes distribués dans les brigades. L’étau se resserre ensuite inexorablement. Le 27 septembre 1940, une ordonnance allemande prescrit le recensement des juifs en zone occupée. Ils sont ensuite marqués pour mieux être exclus avec l’étoile jaune en novembre 1942 et la mention Juif apposée sur leur carte d’identité, après décembre 1942. D’autres textes réduisent leur liberté de circulation et les excluent de la vie économique. Ceux qui transgressent cette législation s’exposent à des sanctions judiciaires (amendes, peines de prison…) et administratives (internements). Gardiens de la loi, les gendarmes doivent veiller au respect de ces lois discriminatoires.

Char allemand détruit pendant
les combats
(1945).

Mais exclure les juifs ne suffit pas. En juin 1942, les Allemands décident leur déportation et leur extermination dans les territoires occupés. Le 2 juillet 1942, au cours des négociations sur les relations policières franco-allemandes, René Bousquet propose à Karl Oberg de faire rafler par la police française vingt mille juifs étrangers de la zone occupée et dix mille juifs de la zone libre. La rafle du Vêle d’Hiv, à Paris, les 16 et 17 juillet 1942, est la conséquence directe de cette rencontre. Au cours de ces journées, cinq cents gendarmes quadrillent les quartiers de Paris, où treize mille juifs sont arrêtés par quatre mille policiers. La majorité d’entre eux est dirigée vers les camps d’extermination. Le 26 août 1942, une rafle similaire a lieu en zone libre. Cette fois, la gendarmerie intervient directement. Ces opérations touchent d’abord les juifs étrangers, puis les juifs français, et se poursuivent jusqu’en 1944.

Pistolet-mitrailleur
MAS 38.

Pendant cette période, les gendarmes assurent aussi la garde des camps d’internement, comme Drancy (Seine-Saint-Denis), Pithiviers (Loiret), Beaune-la-Rolande (Loiret), Poitiers (Vienne)… Dans certains camps comme Beaune-la-Rolande ou Pithiviers, les chefs sont issus de la gendarmerie. Dans les camps de transit, Royal-Lieu excepté, l’Arme fournit la totalité des effectifs, comme à Drancy, ou une partie seulement, comme à Pithiviers ou Beaune-la-Rolande. La mission confiée aux gendarmes est double. À l’extérieur du camp, ils doivent prévenir et réprimer au besoin toute tentative d’évasion, empêcher les détenus de communiquer au-dehors et appréhender les individus qui chercheraient à entrer en contact avec les internés. À l’intérieur du camp, les gendarmes sont parfois chargés de faire respecter le règlement intérieur en l’absence des gardiens civils.

Ausweis d’un gendarme
(1941).

En dehors des missions discriminatoires, une autre tâche imposée creuse le fossé entre la gendarmerie et la population : la recherche des réfractaires au Service du travail obligatoire (STO). Du fait de la mobilisation de sa population masculine par la guerre, l’Allemagne manque cruellement de main-d’œuvre dans ses usines. L’idée s’impose alors de recruter des ouvriers dans les pays occupés. En juin 1942, Pierre Laval propose d’envoyer en Allemagne un ouvrier spécialisé français contre un prisonnier de guerre français : c’est la Relève. Les Allemands n’acceptent qu’un prisonnier libéré contre trois ouvriers français et les résultats s’avèrent vite décevants. Alors, Vichy requiert autoritairement des travailleurs (4 septembre 1942), puis institue le STO (16 février 1943) pour les Français nés entre 1920 et 1922. La gendarmerie est mise à contribution pour rassembler les jeunes concernés. Mais beaucoup ne viennent pas aux convocations et d’autres profitent de leur permission pour se cacher. Les gendarmes doivent alors les arrêter et se heurtent à l’hostilité grandissante de la population.

3 – La lutte contre les résistants

La gendarmerie ne constitue pas le fer de lance dans la lutte contre les résistants. L’État français dispose pour cette tâche de forces de police spécialisées déjà existantes (renseignements généraux, sûreté) ou créées (SPAC, groupes mobiles de réserve et milice). Les Allemands ont les leurs (Sipo, Gestapo…). Néanmoins, du fait du maillage du territoire par les brigades, les gendarmes représentent une arme redoutablement efficace en matière de renseignement. Les tâches confiées à la gendarmerie sont extrêmement variées et tendent à se radicaliser.

Attestation de l’Organisation civile
et mi
litaire.

La lutte contre la propagande anticollaborationniste. Les commandants d’unité envoient périodiquement des rapports renseignant sur l’état d’esprit de la population face à la politique du maréchal ou face aux événements extérieurs. Les gendarmes essayent également de récupérer le plus rapidement possible tous les tracts (jetés par avions, lancés dans les rues, placardés sur les murs…) ou les journaux clandestins pour éviter la diffusion de propos subversifs. De façon analogue, le courrier est soumis à un contrôle vigilant pour traquer les messages séditieux.

La lutte contre les activités des Alliés. Lors de leurs tournées, les gendarmes doivent signaler tous les cas de parachutage ou tous les dépôts d’armes découverts. Il leur faut aussi ouvrir des enquêtes ou mener des battues pour retrouver les pilotes alliés dont les appareils ont été abattus.

La lutte contre l’action du maquis. À partir de 1943, de nombreux résistants soupçonnés dans leurs activités décident de passer dans la clandestinité complète. Les réfractaires au STO viennent grossir leurs rangs. Chargés de la surveillance du territoire, les gendarmes sont amenés à ouvrir des enquêtes après chaque action des résistants : actes de sabotages (voies de communication, installations électriques, bâtiments officiels…), attentats, enlèvements, expéditions organisées pour récupérer du matériel (armes, ravitaillement, pièces d’identité dans les mairies…).

Casque de garde
républicain mobil
e
(vers 1930).

La participation aux tribunaux d’exception. Le 23 août 1941, suite à l’attentat du métro Barbès-Rochechouart contre un officier allemand, Darlan, vice-président du Conseil, crée les sections spéciales destinées à réprimer les actes de la Résistance. Celles-ci jugent dans les délais les plus brefs. À partir d’août 1943, des officiers de gendarmerie siègent dans ces sections spéciales aux côtés de leurs homologues de la garde et de la Police nationale. Les officiers désignés doivent prêter serment.

La participation à des pelotons d’exécution. L’augmentation des condamnations à mort conduit l’État français à recourir aux pelotons d’exécution en plus de la guillotine. Or, en 1943, la démobilisation de l’armée d’armistice oblige à recourir aux forces de police. L’arrêté du 14 février 1944 de Joseph Darnand fixe les modalités d’application. La gendarmerie ne participe aux exécutions capitales qu’à défaut de garde ou de policier. Ce texte est contraire à la loi du 28 germinal an VI et à l’article 86 du décret du 20 mai 1903.

Libération de Melun (1944).

Les opérations de police. De février à août 1944, Joseph Darnand intègre les forces supplétives de gendarmerie dans les groupements d’opérations qui traquent les maquisards dans les régions de Vichy, Limoges, Annecy, Clermont-Ferrand, Grenoble et Chalon-sur-Saône. Ces forces sont placées indifféremment sous les ordres de miliciens, d’officiers de la garde ou de GMR. En mars 1944, le corps franc Côte-d’Or, groupant trente gendarmes, porte de sérieux coups à la Résistance. Le débarquement allié du 6 juin 1944 empêche de créer d’autres corps francs.

La principale conséquence de ces missions est que la gendarmerie devient parfois la cible de résistants. Des casernes subissent des attaques pour délivrer des prisonniers, pour récupérer des armes ou du matériel. Certaines actions sont des avertissements ou des représailles pour tempérer les personnels trop zélés. Outre les casernes, les patrouilles, les escortes et les postes de garde constituent autant de cibles permanentes pour les maquisards.

C – L’attitude des gendarmes

L’obéissance

L’attitude des gendarmes sous l’Occupation.

Le 13 septembre 1945, le lieutenant-colonel Girard, commandant la gendarmerie, écrit : « Pendant quatre années d’occupation ennemie, les militaires de la gendarmerie ont occupé une position très délicate. Partagés entre leur conscience professionnelle et le devoir patriotique, ayant à faire face à une situation sans précédent, ils ont, dans leur immense majorité, noblement servi les intérêts de la France. Les uns, restés sur place, se sont attachés, selon les plus belles traditions de l’arme, à concilier la protection des personnes et des biens avec résistance aux exigences de l’ennemi tout en conservant la dignité qui s’imposait. D’autres, cédant à un légitime mouvement de révolte contre l’envahisseur, n’ont pas hésité à abandonner leur famille, leurs fonctions et leur uniforme pour se joindre aux forces françaises de l’intérieur et apporter leur anonyme contribution à la libération du pays. Certains, enfin, peu nombreux, ont failli à leur devoir, soit qu’ils aient abandonné leur poste pour se mettre à l’abri avec leur famille, soit qu’ils aient sciemment aidé l’ennemi dans sa tâche d’asservissement de la France. »

L’attitude des gendarmes est loin d’être homogène face à la Résistance et à la collaboration. Leur position varie en fonction du lieu, du moment et de la personnalité de chacun. Au lendemain de la défaite de 1940, rares sont ceux qui contestent la légitimité du maréchal Pétain et de son Gouvernement. À mesure de la compromission du pouvoir avec l’occupant, la prudence s’installe. Vient ensuite le doute avec les persécutions raciales, la recherche des réfractaires au STO et la chasse aux résistants. Jusqu’en novembre 1942, l’esprit diffère considérablement d’une zone à l’autre. En zone libre, les gendarmes ne subissent pas encore l’emprise directe des autorités allemandes, à l’exception des inspections périodiques des commissions d’armistice. En revanche, l’invasion de la zone libre est cruellement ressentie. L’évolution de la situation extérieure (progression des Alliés) influe sur les esprits.

Contrairement à celle du reste de la population, l’attitude des gendarmes a des répercussions plus importantes. Alors que la majorité des Français se contente de suivre le cours des événements, sans prendre parti ouvertement parce que rien ne l’y oblige, le gendarme en service, qui dispose rarement de tous les éléments d’appréciations, est amené à prendre des décisions lourdes de conséquences : arrestations, rafles de juifs, voire usage des armes.

Carte de prévôté des Forces
françaises de l’intérieur
(1944).

Parfois, il est difficile de déterminer si un vol de tabac ou de carburant s’inscrit dans une action du maquis ou relève de la simple délinquance. Plusieurs facteurs expliquent cette obéissance.

L’esprit de discipline. Il constitue le frein le plus puissant à la désobéissance. Tout commande au gendarme d’obéir : sa fonction, le serment prêté, son appartenance au milieu militaire.

L’absence d’incitation de la hiérarchie. Ni la direction ni le commandement n’émettent à aucun moment de message incitant à la résistance. Parfois, des cadres eux-mêmes sont amenés à donner des ordres contradictoires. En mai 1943, un commandant de section transmet à ses commandants de brigade une directive préfectorale sur la recherche des défaillants au STO. Il conclut : « Je vous préviens que je sévirais avec la dernière vigueur s’il se créait, dans la circonscription, des repaires de réfractaires comme cela s’est produit à la limite de la Haute-Loire. » Quinze jours avant l’envoi de cet ordre à ses unités, ce même officier alertait d’initiative, de manière informelle, un groupe de maquisards de l’imminence d’une opération de police contre leur refuge.

Le climat de suspicion de l’époque. L’Occupation entraîne dans le pays une fracture qui affecte tous les corps de l’État. Dans la gendarmerie, d’une brigade à une autre et même à l’intérieur d’une même brigade, gradés et gendarmes ne partagent pas nécessairement le même point de vue sur l’attitude à adopter. Les risques de délation et les conséquences qui en résultent (sanctions, arrestation…) constituent un frein certain à une action organisée.

Gardes du groupement Thiolet
au combat dans les Vo
sges
(1944).

La crainte de perdre une situation ou une pension, en un mot le souci de sécurité. En 1943, au cours d’une opération de police dans la région de Valence, une résistante se trouve quelques instants sous la surveillance d’un gendarme de la brigade de Tain-l’Ermitage (Drôme) momentanément seul. Elle essaye d’obtenir son aide et demande de la laisser filer. Pour toute réponse, le gendarme dit qu’il a quinze ans de service et cinq enfants.

L’adhésion à la collaboration. Quelques gendarmes ne ménagent pas leur zèle dans la lutte contre les résistants s’exposant à leurs représailles. Ainsi le lieutenant Fleurose, commandant la section de Lens en 1942, s’acharne dans la chasse aux résistants. Entre les mois de janvier et d’avril 1942, il démantèle, dans le bassin minier du Pas-de-Calais, l’essentiel des réseaux de l’organisation armée du Parti communiste. Dans les camps d’internement, si le comportement des gendarmes ne donne pas lieu à la critique, quelques éléments se montrent d’une grande brutalité, comme à Drancy, ou n’hésitent pas à se livrer à d’odieux trafics.

2 – Le refus

Décret attribuant la médaille
de la Résistance française à
la brigade de La Chapelle-e
n-
Vercors (juin 1946).

La gendarmerie en tant qu’institution reste fidèle au pouvoir établi jusqu’à sa chute, en août 1944. C’est pourquoi, plutôt que de parler de la résistance de la gendarmerie, il convient de parler de résistances dans la gendarmerie, souvent issue d’initiatives individuelles.

Si l’action de résistance varie dans le temps au gré des circonstances, celle-ci apparaît dès août 1940. À cette époque se pose la question de la démobilisation des soldats français ayant rejoint leur domicile en zone occupée sans être munis d’une pièce justificative. Or, à cette époque, les Allemands les considèrent comme des prisonniers de guerre. Sous l’impulsion du capitaine Sérignan, des fiches sont réalisées par toutes les brigades de la zone nord pour régulariser leur situation.

La Libération entraîne paradoxalement un certain malaise au sein de la gendarmerie, lié à une crise d’effectifs et de confiance. De nombreux officiers, gradés et gendarmes, ont cessé temporairement et parfois définitivement leurs fonctions. Certains ont été évincés par l’État français, d’autres ont été victimes des Allemands ou des miliciens (déportés, fusillés, disparus…), d’autres encore ont rejoint des formations FFI. Par rapport à 1939, la gendarmerie présente un déficit de deux cents officiers et dix mille sous-officiers.

C’est également le temps des règlements de compte. Certains gendarmes sont éliminés pendant l’épuration sauvage faite au moment même de la Libération. Le 14 août 1944, l’adjudant M..., dans l’Ardèche, est sommairement exécuté. Le 25 septembre 1944, les maquisards exécutent le chef de la brigade de Gémonac (Charente). L’épuration se légalise à partir d’octobre 1944 avec l’installation des cours de justice créées pour juger des faits de collaboration. Si les informations judiciaires ouvertes contre des gendarmes devant ces tribunaux aboutissent dans une proportion relativement importante à des arrêts de non-lieu, quelques-unes, en revanche, entraînent leur comparution et, par la suite, des sanctions sévères. Ainsi, le directeur général de la gendarmerie est condamné à un an de prison et à la dégradation nationale. Le général de Gaulle le gracie cinq mois plus tard. Quelques officiers sont condamnés à mort et exécutés. Les attaques lancées contre la gendarmerie affectent le moral du personnel. Des critiques s’étalent contre elle dans la presse. Les motifs des dénonciations ne sont pas toujours liés à la collaboration.

Néanmoins, malgré les griefs formulés, le Gouvernement provisoire de la République ne remet pas en cause l’existence de la gendarmerie. Le Gouvernement a besoin d’un appareil policier fort pour maintenir l’ordre public menacé par le déchaînement des passions contenues pendant cinq ans. De plus, de nombreuses récompenses saluent les actes de bravoure des militaires de l’Arme pendant les combats de la Libération : 4 852 citations accompagnées de 351 nominations ou promotions dans l’ordre de la Légion d’honneur, 1 060 médailles militaires et 360 médailles de la Résistance ceci reste a confirmé l’exactitude de la résistance

A cette époque on oublie les faux réseaux de résistance mis en place par les préfectures et les gendarmeries dans le but de blanchir cette corporation a la liberation


La direction de la Gendarmerie pendant la Seconde Guerre mondiale En 1940, la sous-direction se retrouve sur la route. Devant l’avancée des troupes allemandes, elle quitte Paris dès le 13 juin 1940 pour se replier à Blois, puis au camp de la Courtine. Une semaine plus tard, elle s’établit à Ribérac en Dordogne et le 21 juin reçoit l’ordre de rallier Montauban. Comme l’ensemble du gouvernement et une grande partie de l’administration française après l’entrée en vigueur des armistices, le ministère de la Guerre s’installe dans le Massif central. Vers la mi-juillet, la sous-direction de la Gendarmerie l’y rejoint et se fixe successivement au château de Romagnat, puis à Chamalière et enfin à Vichy jusqu’en août 1944. La gendarmerie, dépendant de l’état-major de l’armée, va se voir progressivement démantelée devant la volonté des autorités allemandes de la rendre militairement inopérante. Son organisation subit des transformations profondes tout au long de ces quatre années d’occupation21. En effet, par décret en date du 17 novembre 1940, la Garde républicaine mobile est détachée de la gendarmerie22. Elle se voit rattachée à la direction de la Cavalerie et du Train le 25 novembre, et prend l’appellation de Garde le 31 janvier 1941. De même, la Garde républicaine, une fois désarmée, est rattachée au préfet de police de Paris le 16 août 1940 et prend l’appellation de Garde de Paris. Une partie de ses effectifs constitue la Garde personnelle du chef de l’État à Vichy, dépendant de la gendarmerie. Le haut commandement voit également ses structures modifiées. À l’issue des travaux menés à la Commission allemande d’armistice de Wiesbaden par le colonel Mahé et le capitaine Sérignan représentant tous deux l’institution, une délégation pour la Gendarmerie est créée le 18 juillet 1940 en zone occupée, du même type que celles constituées pour traiter les problèmes spécifiques des transports. Elle dépend officiellement de la délégation générale du Gouvernement français mise en place après la défaite. Toutefois, il semble qu’elle reçoive toujours ses ordres de la sous-direction basée à Vichy. En août, la délégation pour la Gendarmerie change d’appellation et devient section Gendarmerie de la délégation générale du Gouvernement en zone occupée. Ce nouvel organisme est placé sous les ordres du colonel Mahé dans un premier temps. Il doit, entre autres, gérer directement la situation de la gendarmerie, de ses personnels en zone nord et surtout négocier quotidiennement avec les autorités allemandes le statut de la gendarmerie dans ces territoires. La section Gendarmerie constitue donc l’échelon parisien de la sous-direction sans pour autant avoir les mêmes prérogatives, ni la même organisation interne et sert de trait d’union avec les légions réimplantées en zone occupée. La structure de la section s’étoffe avec la création d’un bureau administratif chargé de préparer, pour l’ensemble de la gendarmerie, les programmes en matière de produits industriels contingentés et de les répartir entre les deux zones. Le capitaine Sérignan, promu chef d’escadron en avril 1941, reçoit le 1er juin 1942 le titre de sous-directeur de l’organisation, détaché dans la fonction de chef de la section Gendarmerie à Paris. Il aura la lourde tâche d’assurer la liaison entre la direction de la Gendarmerie et les autorités allemandes installées à Paris. Cette même section prend le nom de section Gendarmerie des territoires occupés à partir de juin 1942, lorsque l’institution se voit rattachée directement au chef du gouvernement. La même période voit la réorganisation de l’administration centrale établie à Vichy. Pierre Chasserat remplace le 4 juillet 1940 Roger Léonard, démis de ses fonctions parce que trop lié à l’ancien gouvernement jugé responsable de la défaite23. La composition de la sous-direction de 1933 prévaut toujours entre septembre 1939 et juin 1942, malgré quelques petites modifications

Lorsque Lucien Febvre réfléchissait, en 1947, au comportement de certains agents de la fonction publique, il ne distinguait pas les gendarmes parmi les officiers, alors que son raisonnement les concernait particulièrement : « Différences à faire entre fonctionnaires. Les uns (professeurs) servent Nation ; les autres (préfets) servent État ; d’autres (officiers) servent à la fois Nation [et] État, d’où drames de conscience »[26]. Ce n’est pas un hasard si cette analyse est formulée peu après la fin du régime de Vichy, observatoire privilégié de l’histoire de l’État, de ses rouages et de ses relations avec la population. Bras armé de la puissance publique, la gendarmerie joue une rôle important dans cette histoire, en période normale comme pendant les crises, qui éclairent son organisation, son efficacité, ses limites. Le contexte exceptionnel des années 1939-1945 a généré des contradictions entre les trois grandes missions qu’elle assume depuis sa conversion à la République à partir de la fin du XIXe siècle[27] : garder l’État, contribuer à la défense de la nation, contrôler et protéger le citoyen. On espère que les travaux récents et les témoignages rassemblés dans cette publication aideront à comprendre ces contradictions et la réponse plurielle des gendarmes en fonction sous l’Occupation.

L'épuration jugée insuffisante, trop molle, le ton monte. En janvier 1945, dans le Bergeracois, des affiches menacent de créer des tribunaux révolutionnaires aux méthodes plus efficaces si l'épuration n'est pas menée avec plus de vigueur. Dans toute la Dordogne, de janvier à l'automne 1945, se multiplient des attentats à l'explosif contre les biens de ceux qui n'ont pas été assez sévèrement punis ou qui n'ont pas été inquiétés. Cette violence n'est cependant pas approuvée par la majorité de la population. Après une intervention très ferme du préfet appuyé par tous les partis et associations, les attentats cessent progressivement à la fin de l'année. Mais, pour beaucoup de Périgourdins, l'épuration reste à faire, comme le soulignent les vux émis par le Conseil général dans sa session de novembre 1945, dans lesquels sept voeux sur huit concernent l'épuration : demande du châtiment des traîtres et collaborateurs, vive protestation contre les décisions de la Cour de justice de Bordeaux. Cette Cour cristallise tous les mécontentements car elle rend des arrêts qui scandalisent la population : cassations qui aboutissent à des allégements de peines et même à des acquittements, jugements contradictoires trop cléments. Tout au long de l'année 1946, les libérations anticipées empoisonnent l'atmosphère d'autant plus que, parmi les collaborateurs qui reviennent, certains se montrent arrogants ou narquois à l'égard de la Résistance; ce qui, en février 1946, amène le préfet à conclure que l'épuration a fait faillite. L'épuration est aussi le thème récurrent de tous les discours des résistants lors des commémorations, surtout celles de la Libération de Périgueux. En 1947, le président du C.D.L., dans un discours assez violent, dénonce le scandale de l'épuration, relayé par un article de presse intitulé « Alerte », où les différentes organisations de Résistance soulignent le danger des mesures de clémence dont bénéficient les collaborateurs ; la colère est d'autant plus forte qu'au même moment d'anciens F.T.P.F. font encore l'objet de poursuites judiciaires. Dès l'année suivante, les discours disparaissent du cérémonial des différentes commémorations. Au total ce sont 1 206 personnes, pour une population de 386 900 habitants en 1936, qui ont été touchées par l'épuration. Rigueur de l'épuration extrajudiciaire : 382 exécutions sûres, 416 probables mais en aucun cas 1 000, comme l'affirmait Robert Aron. En tout état de cause, que ce soit 382 ou 416, le nombre est très élevé, mais à la mesure de la brutalité de l'occupation. Il fait de la Dordogne le département le plus touché par l'épuration 24. Rapport du préfet du 24 décembre 1944. 25. Motion parue dans La Dordogne libre du 29 décembre 1944. « sauvage » ; cependant, dans le cadre national, en proportion de la population, d'autres départements ont été bien plus rigoureux. Modération de l'épuration judiciaire qui, en dépit des 32 condamnations à mort de la Cour martiale et des 12 de la Cour de justice, place la Dordogne à des taux bas par rapport à d'autres régions. Ce contraste se reflète dans l'opinion publique dès 1945 : si les Périgourdins ont été conscients de la sévérité de l'épuration extrajudiciaire, ils n'en ont pas moins été convaincus que l'épuration judiciaire avait échoué.


Par courrier en date du 1er février 1941, Maurice Labarthe, préfet du département de la Dordogne, adresse au ministre de l’Intérieur quelques renseignements « au sujet des camps d’internés civils français et étrangers de [son] département ». On relève que « le camp du Château du Sablou […] a été créé le 17 janvier 1940, par note n° 205/2 du Général commandant la 19e Région ». Du 17 janvier au 20 juin 1940, le commandement est placé sous l’autorité du capitaine Saule. De fin juin à début novembre, le capitaine Daguet assure la direction du camp. Il est remplacé le 5 novembre par le commissaire spécial Antz qui commande le camp jusqu’à sa fermeture, le 30 décembre 1940.

  • 5 Moine (André), La déportation et la Résistance en Afrique du Nord (1939-1944), Paris, Éditions Soc (...)

9Sous le commandement du capitaine Saule, le service de garde est assuré par quatre sous-officiers, quatre brigadiers, quarante hommes – des gardes mobiles ainsi que des tirailleurs sénégalais. Interné au Sablou au mois de mai, Alphonse Martin raconte comment le capitaine Saule, voulant donner des leçons de patriotisme, brime et insulte les détenus. André Moine, « ouvrier métallo » et dirigeant communiste, brosse ce portrait du capitaine Saule : « C’était un ancien officier de carrière, il n’avait rien d’un tortionnaire, mais tout d’une vieille culotte de peau5 ».

Selon Martin, le capitaine Daguet qui lui succède laisse un meilleur souvenir :

« Il semble ne vouloir tenir aucun compte de l’opinion malveillante de son prédécesseur en ce qui nous concerne. Il s’entretient avec les internés, pose des questions, sur leur métier, leur famille, lit la correspondance. En quelques jours sa conviction est définitivement faite et un changement intervient. Plus d’appel du soir dans les chambres, au garde-à-vous, plus de corvées, hormis celles destinées à la cuisine, au ravitaillement en eau potable et à l’entretien sanitaire des locaux et du camp. Subsiste uniquement la cérémonie des couleurs, sans appel sur les rangs. Sur sa demande, suite à une réclamation des internés qui ne peuvent pas recevoir de colis, il obtient de l’Intendance, repliée à Sarlat, la fourniture de vêtements militaires. Des permissions sont accordées aux internés originaires des régions limitrophes ; un certain nombre de permissionnaires ne rejoindront plus le Sablou sans que leur absence provoque le moindre remous. Les malades dont l’état nécessite des soins sont hospitalisés à Montignac, sur la demande du capitaine Daguet. »

Le personnel d’administration, d’encadrement et de surveillance dont dispose l’autorité militaire sous le commandement du capitaine Daguet, est ainsi réparti :
1° – Administration : 1 lieutenant-médecin, 1 sous-lieutenant qui a fonction d’adjoint au commandant, 1 adjudant-chef faisant fonction d’officier de détail, 3 sergents-chefs (comptabilité, ravitaillement, vaguemestre) ;
2° – Encadrement et divers : 2 adjudants-chefs, 3 sous-officiers, 1 caporal d’ordinaire, 6 démobilisés (chauffeur, palefreniers, téléphoniste…) ;
3° – Surveillance : un détachement du 41e régiment d’infanterie, composé de 40 hommes (officiers et gradés compris).

Jusqu’au 31 octobre 1940, la garde du camp est sous contrôle du ministère de la Guerre. Le 30 octobre, le secrétaire d’État à l’Intérieur fait savoir au préfet de la Dordogne que « l’Autorité Militaire ne pouvant plus se charger de la garde des centres de séjour d’indésirables, cette surveillance incombera au Ministère de l’Intérieur (Direction Générale de la Sûreté Nationale) et qu’un Commissaire de Police [sera] détaché », conformément à la loi du 17 novembre 1940 relative à la surveillance des camps. Le commissaire spécial Antz est nommé à ce poste. Le 6 novembre, il s’adresse au ministre de l’Intérieur en ces termes :

« J’ai l’honneur de vous rendre compte qu’arrivé au Centre de Séjour Surveillé du Sablou le 31 octobre 1940, j’en ai pris la direction effective hier, le 5 novembre 1940, à 10 heures, le commandant militaire qui m’a précédé, le capitaine Daguet, ayant rejoint son corps. À l’appel effectué à la dite heure, 243 surveillés étaient présents sur un effectif de 273 internés, dont douze sont actuellement hospitalisés à Périgueux ou dans d’autres établissements et un en permission régulière. Il manque 18 surveillés dont l’évasion se serait produite entre le 20 octobre et hier… »

Le 8 novembre 1940, deux pelotons de gendarmerie sont envoyés au Sablou pour en assurer la surveillance. Ils sont commandés par le lieutenant Theret et viennent en remplacement du détachement du 41e RI qui assurait la garde jusqu’alors. Les conditions d’installation sont précaires. Le commissaire Antz s’en ouvre au commandant militaire de Périgueux :

« L’installation des gendarmes serait grandement améliorée par la mise à disposition du camp de cinquante lits en fer avec literie militaire normale (matelas) et de quinze nécessaires de toilette pour sous-officiers (table, cuvette, broc et seau). Par ailleurs, je me permets de rappeler qu’il n’y a aucun WC pour les sous-officiers de la Gendarmerie et seulement un WC très rudimentaire pour le personnel d’administration et de direction (la demande d’installation en a été faite il y a quelques jours) et que l’appareil de douches promis au camp n’a toujours pas été installé. » Une enquête est diligentée par l’inspecteur principal de police spéciale Bourgoin Dans son rapport du 2 novembre, ce dernier tente de relativiser les faits :

« Des renseignements recueillis il résulte que la majeure partie des employeurs sont très satisfaits du personnel ainsi mis à leur disposition par le directeur du camp du Sablou […] Aucune plainte n’a été portée jusqu’à ce jour à la Gendarmerie de Montignac au sujet de soi-disant dommages commis au préjudice des cultivateurs par les internés du Sablou […] Il résulte que tous les internés circulant librement ne se sont livrés à aucun moment à aucune propagande communiste quelconque. Bien au contraire, ils observent une attitude correcte et évitent d’entamer la question politique au cours de leur conversation, soit au café, soit au cours de leur travail. » Toutefois, en conclusion de son rapport, l’inspecteur Bourgoin « estime qu’il y aurait lieu, afin d’éviter toutes critiques, d’inviter M. Antz, Commissaire Spécial, à ne plus tolérer comme son prédécesseur M. le Capitaine Daguet, que les surveillés placés sous son contrôle puissent quitter le camp du Sablou aussi librement ».

Trois jours plus tard, contredisant son précédent rapport, ce même inspecteur signale qu’il vient d’apprendre par un informateur que plusieurs internés profiteraient de leurs sorties dans les localités voisines pour faire de la propagande communiste :

« Ils agiraient avec beaucoup de prudence et après avoir acquis la certitude qu’ils sont en présence de personnes sûres. D’après les indications qui m’ont été fournies, il ressort que beaucoup d’internés restent fermement attachés aux doctrines de l’ex-parti communiste, ils comptent que la Russie participera bientôt aux conflits et que grâce à son intervention, ils seront libérés. »

Bourgoin conclut en suggérant que les autorisations de sortie soient supprimées.


Visite de la commission allemande Kundt

Le 31 juillet 1940, le directeur général de la Sûreté nationale, Didkowski, informe les préfets que « les autorités militaires ont reçu l’ordre de remettre aux autorités allemandes les Alsaciens qui en ont formulé la demande ». Début août, un commissaire de la Sûreté allemande est envoyé en mission en Dordogne. Celui-ci, du nom de Steiner, rencontre le préfet et lui demande de « libérer sans retard tous les Alsaciens-Lorrains en vue de leur rapatriement dans leur pays d’origine ». Le 5 août, le préfet signale la présence « d’une vingtaine d’Alsaciens et Lorrains internés au camp du Sablou et qui ont demandé à recouvrer immédiatement la nationalité allemande ». Il cite également « une trentaine d’autres […] anciens Allemands, qui veulent être rapatriés dans leur pays d’origine ».

Le 25 août 1940, de 16 à 17 heures, une commission allemande de contrôle inspecte le camp du Sablou. Elle porte le nom de « commission Kundt », du nom du docteur Ernst Kundt, haut fonctionnaire au ministère allemand des Affaires étrangères, membre de la commission d’armistice de Wiesbaden (Waffenstillstandskommission)21. Sa mission consiste à vérifier les conditions d’internement dans les prisons et les camps français, à identifier tous les internés allemands et alsaciens-lorrains, à faciliter le rapatriement de ceux d’entre eux qui en feraient la demande, et enfin à s’assurer que les dispositions de l’article 19 de la convention d’armistice sont respectées :

« Tous les prisonniers de guerre et prisonniers civils allemands, y compris les prévenus et condamnés qui ont été arrêtés et condamnés pour des actes commis en faveur du Reich allemand, doivent être remis aux troupes allemandes ».

Les membres de la commission allemande qui se rendent au Sablou ont pour noms : Eric Finmann (secrétaire de légation) ; Heinrich Kistner (Oberscharffuehrer) et Karl-Heins Muller (Scharffuehrer), représentants la Gestapo, ainsi que Ludwig Jubitz. La délégation française est représentée par le capitaine de Bruce ; la 12e région militaire, par le commandant Gaigneron.

Le rapport de la délégation française est très laconique :2 Archives nationales (AN), AJ/41/507.

« Le camp a été aménagé dans un ancien château ; les internés paraissent assez bien installés et les arbres ombragent les bâtiments et les cours du Sablou […] 300 internés de nationalité française, pour la plupart communistes ; parmi eux 52 Alsaciens-Lorrains avaient demandé à voir la Commission allemande, 47 optent pour le Reich et demandent leur rapatriement en Alsace22 ».

Le contrôleur général à la Sûreté nationale Ducloux, dans son rapport du 31 août 1940, précise les objectifs que poursuit la commission Kundt :

  • 23 Ibidem.

« La recherche sur le territoire non occupé de tous les internés ou prestataires de nationalité ou de race allemande, en vue de leur faciliter le retour dans le Reich, sous la condition toutefois qu’ils satisfassent aux exigences des lois raciales hitlériennes […] La Commission allemande ne s’est préoccupée que des prestataires aryens ; l’installation et l’organisation des camps de prestataires n’a pas retenu son attention. Au cours de chacune de ces visites, la Commission Kundt s’adressait d’abord aux ressortissants de nationalité allemande (Reichsdeutsche) en particulier à ceux de nationalité polonaise ou tchèque. En ce qui concerne les Allemands Lorrains, la thèse allemande est que ceux-ci appartiennent à la communauté germanique (Volksdeutsche), et à ce titre ils ont été interrogés dans les mêmes conditions que les autres étrangers de race allemande […] Les Allemands paraissaient avoir une liste d’individus qu’ils soupçonnaient d’avoir travaillé contre eux et qu’ils ont sans doute l’intention de se faire livrer conformément aux clauses de l’Armistice. La Gestapo recherchait visiblement certains hommes politiques des partis social-démocrate et communiste, qu’elle paraissait très désappointée de n’avoir pas trouvés dans les camps de prestataires. On peut penser enfin que la Commission a cherché à établir les premières bases d’une organisation allemande de renseignements en France, comme le régime nazi a su en créer dans presque tous les pays du monde. Cette organisation, sous des apparences inoffensives au début, deviendrait ultérieurement un vaste réseau d’agents de renseignements chargés d’informer le Gouvernement de Berlin sur tous les événements de France tant au point de vue politique que militaire. »

Le 14 octobre 1940, le capitaine Daguet annonce qu’« il n’existe plus actuellement aucun Alsacien-Lorrain dans le Centre de séjour surveillé du Château du Sablou » et précise :
- 4 se sont évadés, entre le 5 et le 22 août, soit avant le passage de la commission Kundt ;
- 1 a été libéré par la commission et autorisé à rentrer en Lorraine avec sa famille ;
- 8 ont quitté Le Sablou le 7 septembre pour être remis aux autorités allemandes ;
- 17 ne sont pas rentrés au camp à l’expiration de leur permission accordée en accord avec la commission Kundt ;
- 1 s’est évadé de l’hôpital de Périgueux où il était en traitement ;
- 20 ont été remis aux autorités allemandes le 14 octobre, dont un venait de l’hôpital de Lanmary (proche de Périgueux).

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