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  le blog labrousse.erick par : ERICK

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Droit et Devoir de Mémoire deuxième guerre mondiale 1940 1945 LUTTER CONTRE LA RÉHABILITATION DE VICHY OU DE SON administration


Escroquerie de la libération de la préfecture de Paris

Publié par labrousse sur 17 Août 2017, 17:39pm

Catégories : #histoire, #collaboration, #decheance de la nationalité, #deportation, #guerre 1940-1945

Escroquerie de la libération de la préfecture de Paris
Escroquerie de la libération de la préfecture de Paris
Escroquerie de la libération de la préfecture de Paris
Escroquerie de la libération de la préfecture de Paris
Escroquerie de la libération de la préfecture de Paris
Escroquerie de la libération de la préfecture de Paris
Escroquerie de la libération de la préfecture de Paris
Escroquerie de la libération de la préfecture de Paris

Amédée Bussière (1886-1953), préfet de police de la Seine du gouvernement de Vichy, à son procès. Paris, juillet 1946. RV-423217

Bussière, Amédée (Préfet de police de Paris du 21 mai 1942 au 17 août 1944, organisateur de la rafle du Vél d'hiv') : arrêté le 20 août 1944, révoqué le 25 mai 1945, jugé en juillet 1946 et condamné aux travaux forcés à perpétuité, à la confiscation de ses biens et à l'indignité nationale. Libéré en mars 1951, mort en 1953. Fonctionnaires, agents ou serviteurs de l’Etat, fonction publique (civile, militaire), administrations, ces termes ne sont pas équivalents et sont pourtant souvent utilisés indifféremment par les historiens.Les fonctionnaires sous Vichy sont nombreux et surtout leur nombre augmente considérablement au cours de la période. En 1939, la fonction publique réunit près de 900 000 fonctionnaires dont environ 750 000 civils, de 1941 à 1946 l’augmentation est de 26% environ . Economie de pénurie et étatisation obligent.Ce monde est fortement stratifié, socialement et professionnellement, à l’image d’une administration dont le cloisonnement vertical et horizontal s’explique par des missions différentes et des recrutements différents. Chaque administration, chaque catégorie de fonctionnaires, possède donc sinon une historiographie particulière du moins une histoire différente. Leur point commun est qu’ils relèvent du budget de l’Etat et qu’ils sont chargés d’assurer l’application des lois et la marche des services publics conformément aux directives gouvernementales.Si les hauts fonctionnaires peuvent être définis comme « les membres des grands corps de l’Etat, sous-directeurs et emplois plus élevés et les emplois assimilables » selon un questionnaire envoyé le 20 mars 1941 aux administrations, signé par H. Moysset, secrétaire général de la vice-présidence du Conseil, « le fonctionnaire moyen », lui, est plus un stéréotype qu’une réalité. Pourtant, les fonctionnaires existent bien et étudier à part et ensemble les fonctionnaires – civils seulement ici - du point de vue de l’historiographie est justifié car leur fonction les distingue des autres groupes socioprofessionnels.Sous Vichy, cette distinction s’accentue. D’abord la simple application de l’article 3 de la convention d’armistice prévoit que « le gouvernement français » invite immédiatement toutes les autorités françaises et tous les services administratifs du territoire occupé à se conformer aux règlements des autorités militaires allemandes, et à collaborer avec ces dernières d’une manière correcte ». Les fonctionnaires de la zone occupée sont donc conduits à « une collaboration administrative minimale et inévitable ». Ensuite les conséquences, dès l’automne 1940, de la négociation, symbolisée par Montoire, voulue par la France avec une Allemagne, qu’on voyait maîtresse de l’Europe pour longtemps, entraînent les fonctionnaires de la zone libre à collaborer avec l’Allemagne. Par ailleurs, l’Etat français leur a assigné explicitement une double mission d’encadrement de la société et de relais des objectifs de la Révolution national] . Comme le disait Pétain, « La France nouvelle réclame des serviteurs animés d’un esprit nouveau », suffisamment « français » et « loyaux » . Certains fonctionnaires ont donc subi, particulièrement et prioritairement, l’ensemble des mesures d’exclusion que d’autres fonctionnaires furent chargés d’appliquer. Enfin, en face du pouvoir légal, et dès le 8 janvier 1942, un communiqué de la France libre, lu à la radio, a enjoint aux fonctionnaires et aux magistrats de rejoindre Londres, ou s’ils ne le pouvaient pas, de demeurer à leur poste et de saboter les ordres de l’ennemi. L’ennemi pour Londres étant les Allemands et le régime de Vichy, l’alternative, dès lors, était posée, même si la France libre n’a jamais été perçue comme le gouvernement légal.

Cette place à part dans la collaboration, dans le régime de Vichy, dans la société, et lors de l’épuration se retrouve dans l’histoire de Vichy et, réciproquement, la période de Vichy occupe une place à part dans l’histoire longue des administrations et des différentes catégories de fonctionnaires, non pas comme une parenthèse mais plutôt comme un trait d’union avec ses continuités et ses innovations provisoires ou durables.

A cette spécificité des fonctionnaires sous Vichy, correspond donc un questionnement en partie original, une chronologie particulière de l’historiographie de Vichy. Quelle que soit leur approche – biographie, monographie, politiques publiques, sectorielle, thématique - tous les historiens ont cherché à répondre aux questions énoncées notamment par Marc-Olivier Baruch en 1995 : « Comment et pourquoi les fonctionnaires de la République sans doute républicains et patriotes, se sont adaptés à un ordre nouveau exceptionnel à double titre » en raison de l’Occupation et de la nature anti-républicaine du nouveau régime . Les enjeux éthico-politiques de tous ces travaux, même s’ils n’ont pas été perçus par les fonctionnaires à l’époque en ces termes, restent d’actualité, comme le rappelle Jean-Pierre Azéma : « Jusqu’où un fonctionnaire peut-il servir un Etat qui cesse d’être un Etat de droit et pratique ouvertement répression et exclusion ? ».

Le changement quantitatif et qualitatif des recherches historiques s’opère au milieu des années 1990 qui voient l’histoire des technocrates du gouvernement de Vichy et de la collaboration d’Etat s’élargir à tous les fonctionnaires et à leur comportement au service du nouveau régime. La production historique s’étoffe alors, à la mesure de l’ouverture des archives publiques (notamment de l’épuration), du déplacement de perspective vers les politiques d’exclusion, de l’influence « baruchienne » à partir de 1995-1997, et de la demande sociale via les commémorations notamment.

1945 -1990 : le temps des technocrates

Cette période a ceci en commun qu’elle privilégie les politiques menées par le nouveau régime et donc par les hauts fonctionnaires aux commandes, « les technocrates ». Le contenu de cette histoire est marqué par le tournant « paxtonnien» de 1974, suivi par d’autres historiens américains et chercheurs français, juristes notamment. En effet, en 1970, au colloque de la FNSP, P.M. Dioudonnat et J. Phillipet dans leur communication sur « Les technocrates du Gouvernement de Vichy » constataient que le groupe des « technocrates » était encore peu connu >. Les souvenirs des témoins et les procès en haute cour publiés restaient les sources essentielles de ces travaux très lacunaires et centrés sur la collaboration d’Etat. L’heure était encore à l’opposition manichéenne de Darlan/Laval, au double jeu de Pétain véhiculés par Robert Aron et ses épigones et à la « semi-résistance des excellences vichyssoises ».

Le tournant « paxtonien » en 1974

Le mérite de Robert Paxton (aidé par les travaux de Eberhard Jäckel) a été de démontrer le poids de la haute administration dans le nouveau régime et ses liens fondamentaux avec la nature de ce régime. Il a bien fait remarquer que, faute de soutien de représentants élus, la légitimité du régime tenait au soutien de l’opinion et à celui de l’administration. Il a relevé le rôle des très hauts fonctionnaires dans la politique de la collaboration d’Etat et plus succinctement, chiffres à l’appui, la prolifération de la bureaucratie qui, sous couvert de l’objectif de la gestion de la pénurie, donne au nouveau régime sa véritable nature : un régime étatique. Enfin, il s’est attaché à démontrer la modernité de bien des mesures prises et leur survivance. Mais, l’analyse reste peu fouillée, technocrates et bureaucratie occupent 12 pages sur 379 . On ne s’étonnera donc pas que trente ans plus tard, dans l’ouvrage collectif La France sous Vichy : autour de Robert O. Paxton paru en 2004, les fonctionnaires ne soient pas évoquésprès le débarquement, l’appareil d’État de Vichy tombe comme un fruit mûr et passe sans coup férir sous le contrôle de la Résistance dans les départements libérés. L’ultime intention des dirigeants de Vichy est alors de ménager une porte de sortie honorable à l’État français en sauvegardant le principe de sa légitimité. Une course de vitesse s’engage alors entre Laval et Pétain pour déterminer lequel des deux parviendra le premier à conclure un accord avec les Américains tout en laissant de Gaulle sur la touche.

Après le débarquement, l’appareil d’État de Vichy tombe comme un fruit mûr et passe sans coup férir sous le contrôle de la Résistance dans les départements libérés. L’ultime intention des dirigeants de Vichy est alors de ménager une porte de sortie honorable à l’État français en sauvegardant le principe de sa légitimité. Une course de vitesse s’engage alors entre Laval et Pétain pour déterminer lequel des deux parviendra le premier à conclure un accord avec les Américains tout en laissant de Gaulle sur la touche l s’agit en quelque sorte de rééditer les événements algérois de novembre 1942, mais cette fois au profit de Vichy. Laval mise sur l’hostilité des Américains à de Gaulle et recherche une solution parlementaire. Le 7 août, il apprend que les autorités vichystes de Paris (le préfet de police Bussière, Victor Constant, le président du conseil général de la Seine, Pierre Taittinger, le président du conseil municipal de Paris) envisagent d’accueillir solennellement les Américains sur le perron de l’Hôtel de Ville en compagnie du maréchal Pétain et de lui-même.

Installé à Paris à partir du 8 août 1944 et retrouvant ses vieux réflexes parlementaires, Laval commence par consulter et en vient à la conclusion que la réunion de l’Assemblée nationale donnerait encore plus de légitimité à cette passation de pouvoir. Il sonde, à droite, Anatole de Monzie et, à gauche, Paul Faure et s’assure le feu vert d’Abetz. Ce dernier affirme dans ses mémoires, sans doute pour se donner, une fois encore, le beau rôle, qu’il fut avisé de son projet par Laval et qu’il l’autorisa, mais sans en référer à Berlin. En réalité, Abetz s’empresse d’alerter Ribbentrop qui, curieusement, donne son accord dans un premier temps. De toute façon, cela ne change rien à la situation. Laval ne prend guère de précautions et Oberg, le chef des SS en France, a immédiatement vent de l’affaire et en informe également Berlin. Le 11 août, Laval réunit les maires de la région parisienne. Ce sera son dernier succès : 87 des 89 maires sont présents. Ces derniers ont tous été nommés ou maintenus par Vichy depuis 1940 et, en leur sein, les « lavaliens » sont légion, encadrés par le fidèle Victor Constant. Laval fait part de ses intentions aux édiles parisiens qui, unanimes, votent un texte par lequel ils déclarent lui faire toute confiance pour trouver « les voies du salut qui conduiront le pays vers sa résurrection ». Dans ce texte, aucune allusion à la Résistance ni à de Gaulle, encore moins à la République. Berlin ne mettant pas son veto et le soutien des élus parisiens étant assuré, la voie est libre pour la seconde phase de l’opération. Laval imagine alors de convoquer les Chambres en leur demandant de désigner le nouveau chef du gouvernement et de rétablir la IIIe République. Ce que le Parlement a fait à Vichy le 10 juillet 1940, il peut le défaire à Paris en août 1944. S’il est impossible de réunir les parlementaires, on envisage, en application de la loi Tréveneuc de 1872, de se replier sur l’accord des conseils généraux. Votée au lendemain de la défaite de 1870, la loi Tréveneuc dispose qu’en cas d’empêchement de l’Assemblée nationale, les conseils généraux peuvent se substituer à elle.

Observons que les milieux giraudistes, à Alger, ont déjà envisagé, en 1943, d’exhumer cette vieille disposition contre de Gaulle. Mais, pour que la manoeuvre réussisse, il faut à Laval la caution de grands parlementaires. Il fait ainsi libérer Édouard Herriot, le dernier président de la Chambre des députés, qui s’est pourtant rallié à de Gaulle par une lettre en mai 1943. De santé fragile, affaibli, Herriot est en résidence surveillée à Maréville, près de Nancy, après avoir été détenu dans la station d’Évaux-les-Bains. Le 12 août, Laval est à Nancy où, sans grande difficulté, il convainc Herriot de le suivre à Paris. Les deux hommes rentrent dans la capitale le soir même, escorté par un officier SS, le lieutenant Nosek, délégué par Oberg. Laval installe aussitôt l’ancien président du Conseil à l’Hôtel de Ville, dans les appartements du préfet de la Seine Bouffet. Laval joue très serré. Pour que ce numéro d’équilibriste réussisse, il faut la carte blanche des Allemands, mais aussi l’accord au moins tacite des Américains. Laval fait donc sonder Allen Dulles, le chef de l’OSS installé à Berne qui, prudent, se contente de lui assurer que, s’il faisait libérer Herriot, Roosevelt lui en tiendrait compte. Herriot est d’abord séduit, peut-être même flatté, par le projet de Laval. Mais, très vite, le vieux briscard prend la mesure de la situation et devient méfiant, avançant mille prétextes pour tergiverser. Pour justifier son refus de convoquer l’Assemblée nationale (expression qui désigne la réunion des deux Chambres sous la IIIe République), il se réfugie derrière l’accord de son collègue Jules Jeanneney, le président du Sénat et, protocolairement, le président en titre de l’Assemblée nationale. Or, Jeanneney est alors en résidence chez son fils à Grenoble, c’est-à-dire, dans le contexte matériel de la France d’août 1944, à l’autre bout du monde. Il en faut plus pour décourager Laval qui charge Blondeau, un haut fonctionnaire, d’aller chercher le président Jeanneney à Grenoble. Le temps passe dangereusement et Herriot se contente désormais de lire la RF en fumant des cigares sous la bonne garde de son ange gardien Nosek.Il a plusieurs entretiens très cordiaux avec Laval, les deux hommes évoquant le temps passé et semblant tranquillement préparer un gouvernement d’avant guerre, mais le maire de Lyon devient subitement hésitant dès que Laval évoque l’avenir. C’est alors que, pour Laval, tout se dérègle. La Résistance, à son tour, entre en scène. Le 13 août, une affiche des FUJP, apposée dans Paris, dénonce les « maquignons de la politique » tout en affirmant que le « peuple de Paris » se dressera contre ces manoeuvres et que le seul gouvernement légal est celui du général de Gaulle. Ayant eu vent des manoeuvres de Laval, certains milieux de la Résistance parisienne, sous la houlette du sous-préfet Yves Bayet, membre de l’organisation de résistance Honneur de la Police, envisagent même d’enlever Herriot. Mais le projet est finalement abandonné après qu’André Enfière, qui est lié à Herriot, est parvenu à rencontrer Parodi et Bidault, le 15 août, et à les dissuader de recourir à de telles extrémités. Dans le même temps, Périer de Férol, le secrétaire général de la préfecture de la Seine et membre de l’ORA, une organisation de résistance bien implantée à Paris, parvient de son côté à convaincre Blondeau de renoncer à aller chercher Jeanneney à Grenoble. En outre, Laval ne parvient pas à nouer un véritable contact avec les Américains ni à convaincre Pétain de quitter Vichy pour se rendre à Paris afin de couronner la manoeuvre parlementaire. Enfin, Berlin met son veto. Même si Abetz avait donné sa caution personnelle dans un premier temps et même si Ribbentrop avait un moment vacillé, les dirigeants nazis (en particulier Goebbels et Himmler) refusent catégoriquement de voir réapparaître les symboles parlementaires de la vieille Europe. Les chefs de l’ultracollaboration (Déat, Brinon, Bonnard, Darnand), présents à Paris encore pour quelques heures, partagent le même point de vue. Révulsés devant la perspective d’une renaissance du parlementarisme, ils usent des derniers feux de leur influence à Berlin pour obtenir l’abandon de la manoeuvre. Le 16 août au soir, vers 22 heures, Herriot se voit signifier par l’inévitable lieutenant Nosek qu’il doit repartir aussitôt pour Nancy sous bonne escorte. Pierre Bourget cite cet extrait des mémoires de Nosek aussi amusant que significatif de l’état d’esprit d’Herriot en ces journées du mois d’août 1944 : Je me rendis seul chez Herriot [en réalité à l’Hôtel de Ville] qui me reçut déjà en pyjama et en robe de chambre. Lorsque je l’informai de ce que j’avais à lui dire d’après les ordres reçus, Herriot eut un véritable accès de fureur. Il cria à haute voix quelque chose comme : « À quoi pensezvous ? Pour qui me prenez-vous ? Je suis le président de la Chambre française, j’ai toujours été correct à l’égard de l’Allemagne et je vous interdis un tel traitement, etc. » […] En hurlant ces paroles, souvent à peine compréhensibles, il frappait du poing sur la table en sorte que toute la chambre tremblait. Attirée par ce bruit, sa femme arriva, laquelle aussi en robe de chambre, se précipita dans la pièce et ne cessa de dire : « Édouard, tranquillise toi »



 


 

Finalement, le 17, après avoir tranquillement déjeuné à l’hôtel Matignon en compagnie de Laval et d’Abetz, Herriot et son épouse reprennent la route de Nancy. Herriot n’y demeure que quelques jours avant d’être conduit en résidence surveillée à Potsdam où il ne sera libéré qu’en avril 1945 par les Soviétiques. Ainsi se terminait l’ultime tentative de Pierre Laval pour se ménager et ménager à Vichy une porte de sortie honorable.inalement, le 17, après avoir tranquillement déjeuné à l’hôtel Matignon en compagnie de Laval et d’Abetz, Herriot et son épouse reprennent la route de Nancy. Herriot n’y demeure que quelques jours avant d’être conduit en résidence surveillée à Potsdam où il ne sera libéré qu’en avril 1945 par les Soviétiques. Ainsi se terminait l’ultime tentative de Pierre Laval pour se ménager et ménager à Vichy une porte de sortie honorable. Si les Allemands se souciaient comme d’une guigne de cette perspective, ils entendaient, en revanche, conserver un gouvernement « français » à leur discrétion qui pourrait animer une « résistance » contre l’« envahisseur » anglosaxon. Le 17 août, arrive de Berlin une ferme instruction de Hitler et de Ribbentrop : l’intention des autorités allemandes est de « déménager » le gouvernement français à Belfort, si besoin est par la force. Ce même jour, vers 18 heures, Laval réunit à Paris un dernier Conseil des ministres plus ou moins fantomatique. Autour de la grande table de l’hôtel Matignon, dont la Résistance ne va pas tarder à prendre le contrôle, on ne trouve, en effet, outre Laval, que six ministres : Jean Bichelonne (Production industrielle), Abel Bonnard (Éducation nationale), Raymond Grasset (Santé), Paul Marion (secrétaire d’État auprès du chef du gouvernement), Pierre Mathé (Agriculture) et Maurice Gabolde (Justice). Les ministres rejettent fermement l’ultimatum allemand, mais répugnent également à tout acte de résistance collective. Dans ces conditions, Laval se résout à refuser d’exercer dorénavant les fonctions de chef du gouvernement. Il transmet une ultime protestation à Abetz : « Je voulais accomplir jusqu’au bout et quels qu’en soient les risques, mon devoir de chef du gouvernement. Je dois m’incliner, mais vous comprendrez que, dans ces conditions, je cesse d’exercer mes fonctions. »

Finalement, vers minuit, au ministère des Travaux publics, boulevard Saint-Germain, les ministres de Vichy montent dans des voitures qui, sous forte escorte des SS, les conduisent dans la nuit à Belfort où devaient les rejoindre les ministres enlevés à Vichy quelques jours plus tard dans des conditions similaires. Seul Grasset parvint à tromper la vigilance des Allemands et à disparaître dans la nature. Avant de quitter Paris, Laval eut le temps de signer une dernière série de décrets. L’un d’eux maintenait en poste les deux préfets de Paris : Bouffet (préfet de la Seine) et Bussière (préfet de police). Les instructions de Laval donnaient mission aux préfets d’assurer le ravitaillement et de représenter le gouvernement pour prendre contact avec les Alliés. En réalité, la place était vide et l’autorité des deux préfets, de même que celle de Pierre Taittinger, le président du conseil municipal de Paris, réduite à sa plus simple expression. Depuis le 15 août, le préfet de police avait perdu le contrôle des forces qu’il était censé diriger. Les trois hommes durent se contenter de demander officiellement au général von Choltitz d’épargner Paris.

Il s’agit en quelque sorte de rééditer les événements algérois de novembre 1942, mais cette fois au profit de Vichy. Laval mise sur l’hostilité des Américains à de Gaulle et recherche une solution parlementaire. Le 7 août, il apprend que les autorités vichystes de Paris (le préfet de police Bussière, Victor Constant, le président du conseil général de la Seine, Pierre Taittinger, le président du conseil municipal de Paris) envisagent d’accueillir solennellement les Américains sur le perron de l’Hôtel de Ville en compagnie du maréchal Pétain et de lui-même.

Installé à Paris à partir du 8 août 1944 et retrouvant ses vieux réflexes parlementaires, Laval commence par consulter et en vient à la conclusion que la réunion de l’Assemblée nationale donnerait encore plus de légitimité à cette passation de pouvoir. Il sonde, à droite, Anatole de Monzie et, à gauche, Paul Faure et s’assure le feu vert d’Abetz. Ce dernier affirme dans ses mémoires, sans doute pour se donner, une fois encore, le beau rôle, qu’il fut avisé de son projet par Laval et qu’il l’autorisa, mais sans en référer à Berlin. En réalité, Abetz s’empresse d’alerter Ribbentrop qui, curieusement, donne son accord dans un premier temps. De toute façon, cela ne change rien à la situation. Laval ne prend guère de précautions et Oberg, le chef des SS en France, a immédiatement vent de l’affaire et en informe également Berlin. Le 11 août, Laval réunit les maires de la région parisienne. Ce sera son dernier succès : 87 des 89 maires sont présents. Ces derniers ont tous été nommés ou maintenus par Vichy depuis 1940 et, en leur sein, les « lavaliens » sont légion, encadrés par le fidèle Victor Constant. Laval fait part de ses intentions aux ALLEMANDS

Le cas des préfets ayant servi l’État français a ceci de particulier qu’il existe en fait deux dossiers ouverts à son nom dans la sous-série F1bI (personnel du ministère de l’Intérieur) : l’un (cotes 700 à 800, ou 943 à 966), d’ordre administratif, porte sur l’ensemble de la carrière, les affectations sous Vichy y prenant leur place chronologique parmi celles obtenues avant, et le cas échéant après, la période de l’État français. Plus spécifique, le second dossier (conservé sous les cotes 1037 à 1125) concerne l’épuration : il est composé des éléments les plus significatifs extraits du dossier précédent, ainsi que des pièces relatives aux mesures prises à la Libération envers chacun des membres du corps préfectoral. Détaillons brièvement ce que permet le dépouillement de l’un et l’autre de ces dossiers.

Le dossier « administratif » est d’abord un résumé de la carrière. La chemise cartonnée qui en constitue le contenant retrace la suite des affectations de l’intéressé, avec la date de la nomination – fût-ce pour ordre – et la date d’installation, c’est-à-dire de prise effective de fonctions. Le dossier administratif comprend également des éléments d’ordre financier, liés à la progression dans la carrière. Les préfectures, pour la période qui nous intéresse, étaient réparties entre quatre classes (de la 3e classe à la hors classe), la carrière consistant à occuper successivement des postes de chacune des classes, donc à voir son traitement progresser en conséquence. Ce cursus honorumrigide fut assoupli par l’instauration sous la Troisième République de la « classe personnelle », accordée à titre définitif par le ministre de l’Intérieur à un préfet indépendamment de son accession à une préfecture de la catégorie correspondante.



 

Dans la chemise cartonnée qu’on vient de décrire, se trouve un sous-dossier regroupant les feuilles annuelles de notation, un autre les interventions et, réparties par affectation, les pièces qui traduisent le quotidien, parfois terriblement prosaïque, des relations d’un sous-préfet ou d’un préfet avec sa tutelle : arrêts de maladie, demande de congés – surtout s’ils s’accompagnent d’une sortie du territoire départemental, que le ministre doit autoriser explicitement – état des frais de déménagement. Pour faire établir par la SNCF la carte de circulation dont bénéficient, avantage non négligeable, les membres de l’administration préfectorale, le ministère demanda au cours des années quarante une photographie d’identité. L’examen de ces photos fait aussi partie du travail de l’historien.

Ce même dossier peut aussi contenir des pièces d’ordre politique. Il est rare en effet qu’au cours d’une carrière un membre de l’administration préfectorale n’ait eu aucune occasion de se faire remarquer soit de son préfet lorsqu’il est sous-préfet, soit des élus qui demandent son maintien avec promotion ou au contraire sa mutation hors du département avant la prochaine échéance électorale, soit encore d’un journal, local ou national, le plus souvent d’opposition (L’Action française était friande de ce type de dénonciation), qui ne perdra pas une occasion de souligner la partialité politique de tel ou tel subordonné du ministre de l’Intérieur. Coupures de presse, lettres, notes griffonnées lors d’un coup de téléphone ou d’un entretien dans le cabinet du directeur du personnel restent, exploitées ou non, dans une mince sous-chemise.

Mais, pour ceux qui servirent l’État français, l’essentiel du dossier politique se trouve dans « l’autre » dos-sier. Constitué au moment où durent se mettre en place, de manière précipitée, les procédures d’épuration administrative et pénale du corps préfectoral, ce dernier se compose à la fois de documents ayant servi de fondement aux accusations justifiant une mesure d’épuration et de pièces produites à chacune des étapes de ces procédures. On y trouve donc presque systématiquement les avis des commissions consultatives chargées de proposer l’une une mesure d’épuration, l’autre un éventuel reclassement si la carrière sous Vichy était considérée comme exagérément rapide. S’agissant des préfets auxquels étaient reprochés des faits particulièrement graves, le dossier comporte aussi les procès-verbaux d’interrogatoires de témoins lorsque, par commission rogatoire d’un juge d’instruction, la police était chargée de nourrir le dossier pénal des intéressés. L’arrêté ou le décret portant mesure d’épuration, parfois éloigné de la proposition faite par la commission, engendre une autre série de pièces : celles relatives au calcul de la pension due, et plus tard, à mesure que le temps vient atténuer la rigueur des châtiments, celles portant application des lois d’amnistie ; éventuels pourvois devant la juridiction administrative aussi, générant mémoires en réponse du ministère de l’Intérieur, jugement ou arrêt et, si la mesure initiale est annulée, modalités de reconstitution de carrière sous son double versant, administratif et financier.

Cette répartition de pièces entre deux dossiers peut, en première analyse, apparaître comme la concrétisation quasi métaphorique de la banale dichotomie rupture-continuité : celle-ci traduite par un dossier administratif englobant, affectations parmi d’autres, les postes tenus sous l’État français, celle-là signifiée par le dossier d’épuration, qui marque évidemment une inflexion dans la carrière. C’est toutefois plus en croisant qu’en opposant ces deux ensembles qu’ apparaissent le plus clairement les difficultés d’interprétation des comportements, qui rendra nécessaire l’approche systématique que nous proposons plus loin. Il est banal de rappeler – c’est le cas dans toute recherche sur archives – qu’un document ne se comprend pleinement que si l’on sait qui parle de quoi à qui, dans quel style, quel euphémisme est courant, quelle formule est creuse, etc.. Plus significatif pour notre propos ici est l’utilisation, tout au long de la période qui s’étend du début des hostilités à la fin des opérations d’épuration, des doubles langages, et plus subtilement des doubles interprétations des faits : un préfet, au demeurant résistant incontestable, demanda ainsi à Laval, en août 1942, la régularisation de sa situation au motif que son éviction, en octobre 1940, par Peyrouton avait été présentée comme « une mesure symbolique », nécessaire pour des raisons d’affichage politique mais devant être rapidement compensée par une nomination dans un grand corps. Cinq ans plus tard, s’adressant au ministre socialiste Le Troquer, il sollicitait un reclassement particulièrement favorable comme préfet hors classe, au motif que c’était « parce que cette administration [de Vichy] [le] considérait – à juste titre – comme hostile à sa politique vis-à-vis de l’occupant comme vis-à-vis des institutions républicaines qu’elle avait pris cette mesure. » Ce genre de réécriture, ou à tout le moins de sollicitation d’un même fait à des fins opposées, n’est pas isolé. Il se diffuse au contraire à mesure que la source s’éloigne de l’archive produite dans l’activité administrative pour se rapprocher du statut de rapport, de témoignage ou d’autre écrit de circonstances.

Revenons aux sources et aux chiffres. Dès les premières lignes du texte de Luc Rouban.une caractéristique des préfets de Vichy apparaît : leur nombre. En effet, pendant les 63 années que dura la Troisième République (avec les bornes posées ci-dessus), 934 hommes exercèrent des fonctions préfectorales, ils furent 303 pour les douze ans de la Quatrième République stricto sensu. Le nombre moyen de changements de préfets par an fut donc de 14,9 sous la Troisième République ; il doubla presque, en atteignant le nombre de 25,2 sous la Quatrième République. Mais même celle-ci apparaît comme un modèle de stabilité par rapport à l’État français, où le taux de rotation par année culmine à 57,2. On peut certes trouver bien des facteurs expliquant ce chiffre, des difficultés d’administration de la période aux exigences de l’occupant ou à la volonté de revanche politique. Il n’en signe pas moins l’extension à la sphère administrative de l’instabilité politique qui caractérise le régime.



 


 

Si Vichy marqua le début de l’institutionalisation du corps préfectoral, les préfets de l’État français ressemblaient en moyenne beaucoup à ceux qui servirent la Troisième République. À l’exception, notable mais peu importante en volume, des militaires les préfets de Vichy sont biographiquement proches de leurs prédécesseurs. Leur origine géographique reste majoritairement le sud du pays et leur cursus universitaire privilégie toujours, à 80 %, le passage par les facultés de droit. Avec une spécificité toutefois : 22 % de préfets de Vichy étaient docteurs en droit, pourcentage jamais atteint jusque là et qui ne sera jamais retrouvé par le suite : est-il abusif de voir dans cette caractéristique une origine du « légicentrisme » dont nous avons, après d’autres, cru lire les traces dans l’attitude de la haute fonction publique de l’État français ? En revanche la lecture des dossiers individuels renseigne peu sur la religion effective, la référence quasi unanime au catholicisme n’indiquant pas ce qu’il en est de la pratique religieuse.

L’ensemble de ces caractéristiques traduisaient on ne peut plus concrètement la forte emprise du parti radical sur le ministère de l’Intérieur depuis le début du siècle. Dans les années trente, et mis à part les cabinets Laval et Tardieu d’un côté, Blum de l’autre, la place Beauvau se trouva tenue presque continûment par le parti radical, soit au niveau de ses ténors (Chautemps, Sarraut) soit par des députés dont le nom n’est pas passé à la postérité, tels Albert Mathieu ou Jean Durand. Un certain type de préfet en découlait ; c’est, pour l’essentiel, à partir du vivier qui les produisait que Vichy construisit son administration préfectorale.

Le corps préfectoral qui sert Vichy n’est pourtant pas identique à celui en fonctions sous la République. Il en va ainsi, très concrètement, des origines sociales des membres de l’administration préfectorale de l’État français. Les conclusions de Luc Rouban sont sans ambiguïté :

Les origines sociales des préfets de Vichy tranche clairement avec celui de leurs prédécesseurs. La proportion des préfets originaires des classes supérieures perd dix points alors que les préfets issus des classes populaires ou moyennes constituent presque la moitié de l’effectif, ce qui est assez conforme aux origines sociales comme aux préoccupations populistes des animateurs de la Révolution nationale.

Quelques éléments socio-politiques peuvent être regardés de plus près. Reprenons ainsi à l’État français, pour les examiner l’un après l’autre, les qualificatifs revendiqués de rénovation de la carrière préfectorale : des hommes jeunes, des hommes neufs, des hommes compétents, restés à l’écart de l’intrigue politique.

des hommes jeunes

La faible variation de la moyenne d’âge des préfets lors de leur nomination entre la Troisième République (43,6 ans) et Vichy (44,7 ans) montre que malgré la symbolique associée à son chef, père ou grand-père de la Patrie, l’État français n’est pas une archéocratie. Ce fut même un rajeunissement des cadres qui se manifesta d’abord, pour des raisons arithmétiques, dans les premiers temps du régime grâce à l’appel d’air qui découla des nombreuses épurations tout de suite mises en œuvre : abaissement des limites d’âge, par application de la loi du 12 septembre 1940, et « juilletisation »décapitèrent en effet la hiérarchie. À l’exception notable du Nord dont le préfet, Carles, en poste depuis avril 1936, resta en place (sans doute en raison des inextricables difficultés administratives et matérielles nées du rattachement de son département à l’administration militaire allemande de Bruxelles), les grandes préfectures changèrent toutes de titulaire. La génération des hommes nés autour de 1880 céda la place, à commencer par le plus gradé des préfets, Villey-Desmeserets, préfet de la Seine, âgé de 62 ans. Il en fut de même à Toulouse (Atger), à Bordeaux (Bodenan), à Marseille aussi – où le préfet Bouet, plus heureux que ses confrères, ne fut pas mis à la retraite, mais intégré au Conseil d’État.

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